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Un Marin à terre

« Il existe d'innombrables quêtes du père, de non moins innombrables cultes de l'image du père, et des travaux très exégètes sur le souvenir du père... je vais apporter ma petite pierre à l'édifice : j'entreprends aujourd'hui d'écrire le roman qui va faire de mon père disparu le personnage qu'il mérite. Je ne cherche pas à connaître la vérité, je serai contrainte d'inventer car tous ceux qui le connurent ont disparu, seul Javier, son frère aîné, s'il vit encore, ce dont je doute, pourrait témoigner de choses vraies, et alors je pourrais enjamber les ponts entre les époques, choisir et ordonner les faits pour établir une vérité, biaisée mais plausible. » Successivement berger, évadé de France, prisonnier des franquistes, marin, ouvrier... Amant, mari, accessoirement père de famille... disparu de la circulation un beau jour de 1982... de la France à l'Argentine, via l'Espagne et l'Indochine, Pablo Guttiérez constitue une véritable énigme. Marie Guttiérez et son compagnon, Daniel Cordon, mènent une enquête qui les conduit du Pays Basque en Argentine à la recherche de cet homme insaisissable. Une véritable quête où l'on retrouve le goût de l'auteur pour le roman choral.

212 pages  -  ISBN : 9782342160154  -  Romans de société > Commander le livre
La presse en parle

Les Roses d'Atacama





Collection Suites, n°75, Suite hispano-américaine (avril 2012) Poche


Historias marginales 2001
Luis Sepúlveda
François Gaudry (Traducteur) : Les Roses d’Atacama
Editions Metaillé 2003

La littérature permet de donner voix à ceux, anonymes, qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre. Dans Les Roses d’Atacama, Luis Sepùlveda se fait le secrétaire des disparus, êtres, animaux, paysages, objets…
Une phrase qu’il a lue, gravée sur une pierre, lors de sa visite du camp de Bergen Belsen, déclenche l’écriture de ce recueil de 35 "histoires marginales" : "J'étais ici et personne ne racontera mon histoire".
François Gaudry a choisi le titre de la nouvelle « Les Roses d’Atacama » pour la traduction française. Il y est question de Freddy, un ami de l’auteur, avec qui il est allé passer une nuit dans le désert d’Atacama : au petit matin, il a plu, le désert est criblé de ces petites fleurs rouges qui portent le célèbre nom de roses d’Atacama. A midi, elles seront brûlées par le soleil, éphémères et merveilleuses, comme Freddy, qui notait sur un carnet les merveilles du monde qu’il rencontrait, et qui est mort assassiné par les militaires lors du coup d’Etat qui a renversé Pinochet.

Ce qui rapproche ce militant qui attend le 31 mars l'éclosion des roses d'Atacama, cet instituteur exilé qui rêve de son pays et se réveille avec de la craie sur les doigts, cet immigré italien arrivé au Chili par erreur, ce Bengali qui aime les bateaux et les amène aux chantiers où ils seront détruits en leur racontant les beautés des mers qu'ils ont sillonnées, cette femme croate pendant la guerre en Yougoslavie, ainsi que cette autre femme, inconnue, dont la tombe marque l’entrée du Pays des rennes, ce poète juif qui a échappé au massacre et à la fosse commune, cet Indien de la forêt amazonienne, ces chasseurs de rennes menacés par la construction d’un barrage, ces baleines de la Méditerranée sectionnées par les hors-bords, ces extracteurs de marbre de Pietrasanta… c’est leur vulnérabilité et leur marginalité qui en font à la fois des héros et des entités merveilleuses pour la mémoire du Monde. Leurs destins sont obscurs mais exemplaires et, surtout, porteurs d’espoir dans un monde où la violence est la cause la plus importante de la disparition.

La frontière est fragile qui sépare les héros de l'Histoire des inconnus dont le nom restera dans l'ombre, « tous ceux dont on ne parle pas dans les journaux, qui n'ont pour toute biographie qu'un passage oublié dans les rues de la vie". Leurs pas se croisent dans les pages de ce livre et Sepùlveda se révèle encore une fois dans ce livre comme un écrivain nécessaire à l’Humanité, avec ce style direct et incisif qui le caractérise, et un immense talent de conteur. Ce globe-trotter parfois malgré lui, ce grand voyageur que la vie a balloté d’un lieu à l’autre a recueilli ces vies et ces histoires pour le plus grand bonheur de la littérature.

«Des gens du bout du monde, j'ai appris qu'il fallait protéger la tendresse par la dureté et que la douleur ne pouvait pas nous paralyser.» Luis Sepùlveda, aime « le Cri » de Munch et reste du côté des damnés de la terre, gens du bout de ce monde qui est le nôtre.

De tous les livres de ce grand écrivain qui mériterait le prix Nobel de littérature, celui-ci m’a particulièrement émue.
Posté le 29/07/2020 12:43:33 10 commentaire(s) - Réaagissez à cet article
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