Marie-Claire Mir

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Un Marin à terre

« Il existe d'innombrables quêtes du père, de non moins innombrables cultes de l'image du père, et des travaux très exégètes sur le souvenir du père... je vais apporter ma petite pierre à l'édifice : j'entreprends aujourd'hui d'écrire le roman qui va faire de mon père disparu le personnage qu'il mérite. Je ne cherche pas à connaître la vérité, je serai contrainte d'inventer car tous ceux qui le connurent ont disparu, seul Javier, son frère aîné, s'il vit encore, ce dont je doute, pourrait témoigner de choses vraies, et alors je pourrais enjamber les ponts entre les époques, choisir et ordonner les faits pour établir une vérité, biaisée mais plausible. » Successivement berger, évadé de France, prisonnier des franquistes, marin, ouvrier... Amant, mari, accessoirement père de famille... disparu de la circulation un beau jour de 1982... de la France à l'Argentine, via l'Espagne et l'Indochine, Pablo Guttiérez constitue une véritable énigme. Marie Guttiérez et son compagnon, Daniel Cordon, mènent une enquête qui les conduit du Pays Basque en Argentine à la recherche de cet homme insaisissable. Une véritable quête où l'on retrouve le goût de l'auteur pour le roman choral.

212 pages  -  ISBN : 9782342160154  -  Romans de société > Commander le livre
La presse en parle
Prochaine(s) dédicace(s)
  • Salle Maurice Baquet
  • 8 rue Pierre de Coubertin (69380) - Chazay d'Azergues France
  • 24/11/2018 | Horaires : 09:00

Arthur Rimbaud

Il est tentant de s’imaginer que l’on va faire comme Rimbaud : tout plaquer, partir. Plaquer la littérature, l’écriture, en finir avec les phrases, la fiction, les ventes et les dédicaces, les prix, les vraies et les fausses maisons d’édition, l’absence de lecteurs, le bruit assourdissant du livre qui tombe à l’eau, ce livre qu’on a mis très longtemps à écrire, qui a failli vous rendre fou, mais qui ne rejoint pas grand monde. Ne plus écrire et partir. Vieux rêve poétique : aller vivre dans le réel ce que l’on s’est imaginé par les mots.
Rimbaud.
Epris de haine et à la recherche de l’or du temps. En plus courageux que moi. Car quoi ? Il a souffert là-bas. Ce que je retiens le plus dans sa correspondance ce sont ses allusions à sa fatigue profonde et son désintérêt à parler de ce qu’il vit. Il rappelle constamment qu’il n’a rien à dire d’intéressant. Cela veut-il dire qu’il n’est pas heureux ou bien simplement que ce qu’il vit ne passe pas par la nécessité d’en écrire, ni même d’écrire, écrire littérairement s’entend, écrire pour faire de la littérature. Mais qu’est-ce qu’une expérience dont il ne reste aucun écrit ? Faut-il en écrire pour que ce soit une expérience ? Lui, il ne trouve rien à dire, il n’a pas envie d’écrire pour la littérature. Il a juste envie de se plaindre, de dire qu’il est fatigué et qu’il a mal.
On peut imaginer que ce qu’il voit « réalise » ce qu’il a écrit, un point c’est tout ("Une Saison en enfer"). Alors pourquoi en parler ? « Je ne trouve rien d’intéressant à dire ».
Moi-même je pourrais dire la même chose de ces jours sans intérêt qui s’égrènent dans la contrainte, ou a contrario, de ces jours où l’on se suffit à soi-même. Je voyage immobile par la lecture.
Le goût du départ est-il naturel ou bien s’agit-il d’une maladie ? Est-ce une chance d’avoir un tempérament aventureux ? Qu’est-ce qui fait qu’on passe son temps à penser qu’ailleurs serait préférable à ici ? En fuyant, devient-on indemne de toute idéologie, peut-on se laver les mains de tout ?
Rimbaud était habité par la colère de n’avoir rien accompli. Il pensait n’avoir rien accompli. Ce qu’il avait accompli ne suffisait pas à le rendre serein au point de rester au même endroit. Il s’est éloigné au point de ne plus pouvoir revenir que mourant.
Aller trafiquer dans l’inconnu et devenir idiot, d’une idiotie seconde, celle d’après l’intelligence première, si forte qu’elle est devenue inutile. C’est une idiotie qui peut rendre heureux à certains moments.
Aller là où l’on n’aurait pas imaginé aller parce que c’est le lieu nécessaire au perfectionnement de la souffrance nécessaire à l’intelligence idiote.
Vivre une damnation fondamentale, mais peut-être heureuse, par le silence littéraire.
Posté le 11/06/2018 14:02:51 1 commentaire(s)
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